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« Cultiver la French Touch de l’éclairage urbain » : entretien avec Agnès Jullian, PDG de Technilum

Lampadaires Ceramic
Lampadaires Ceramic

Agnès Jullian est à la tête de Technilum, créateur et fabricant de mobilier urbain d’éclairage. Elle partage ici ses convictions sur les rôles de la création et de l’innovation au sein des territoires.

Agnès Jullian, vous dirigez l’entreprise de mobilier urbain d’éclairage Technilum. Quelle est la spécificité de votre offre sur le marché de l’éclairage public ?

Il y a ce que nous pensons de nous et il y a la manière dont nos clients et relations nous décrivent.

Nous sommes dans une approche qui est sensiblement différente de celle de nos confrères. Nous voulons agir en tant que partenaire de valorisation urbaine. Evidemment nous ne sommes pas philanthropes mais travailler sur des projets auxquels nous avons des difficultés à adhérer est très difficile. Cela s’est déjà produit mais nous tentons alors de faire évoluer les choses, idéalement en termes de design mais à défaut et à minima en termes de coloris de finition par exemple.

Un terme anglo saxon décrit aussi parfaitement bien notre marché et notre approche commerciale ; le custom-made. Nous avons certes des produits catalogue mais dans la plupart des cas nous nous adaptons aux spécificités d’un projet.

Le mobilier urbain d’éclairage est l’élément le plus répétitif et vraisemblablement le plus visible de l’aménagement urbain. Il est malgré tout impératif qu’il « disparaisse », qu’il s’intègre à son environnement, qu’il contribue ainsi à la réussite de l’aménagement.

D’autant que nous sommes les spécialistes des « émergences ». C’est la manière dont je me plais à qualifier l’ensemble des produits que nous proposons qu’il s’agisse de lampadaires, colonnes ou bornes d’éclairage d’ambiance, de lampadaires et candélabres d’éclairage fonctionnels ou encore de supports projecteurs que nous avons classifié dans la catégorie Eclairages scénographiques et dimensionnels.

Nous avons introduit, il y a plus de 20 ans maintenant, la signature « mobilier urbain d’éclairage » pour Technilum quand la profession se limitait à évoquer l’éclairage public extérieur ou pire les poteaux et les gamelles… Une terminologie qui n’a jamais eu court chez Technilum tant la chose nous semble dégradante…
Au-delà de ces considérations générales, nous avons des spécificités qui nous sont propres. Nous sommes les spécialistes et le seul fabricant à ne proposer que des fabrications aluminium. Nous avons plus de 40 ans d’expérience dans ce cœur de métier et plus généralement dans la valorisation de matériaux nobles.

Nous privilégions, par nos techniques de conception et de fabrication, la qualité de finition, avec des assemblages soignés, de grande qualité, certes technique mais aussi visuelle.

Agnes-Jullian

Forte de votre maîtrise des mats, vous proposez désormais une gamme de lanternes ; quelles innovations technologiques sont développées dans cette nouvelle proposition ?

Le marché de l’éclairage extérieur est en profonde mutation depuis quelques années déjà. Les majors sont toujours là mais nombre de petits fabricants arrivent du fait de l’évolution des technologies qui favorise l’émergence de nouveaux acteurs.

Nous concernant, nous avons toujours été ensembliers. Même les lampadaires « fée lumière » de la Grande Motte étaient 100% fabriqués par Technilum il y a plus de 40 ans. Idem pour les Palmier du Palais des festivals de Cannes il y a 30 ans.

Ensuite, l’évolution des optiques et des fabrications en masse nous ont cantonné à des luminaires custom made – toujours et encore – sans rapport avec la fabrication en série des lanternes de nos confrères.

Promenade des anglais 2

Promenade des Anglais à Nice, en 1989

A gauche, les Palmiers à Cannes en 1980. A droite, les lampadaires de la Grande Motte en 1972.

A gauche, lampadaires « Palmiers » au Palais du Festival à Cannes en 1980. A droite, lampadaires à la Grande Motte en 1972.

Depuis, par l’évolution de l’entreprise, nous avons développé des optiques et des luminaires maison qui n’ont rien à envier aux plus connus.

Quant à Ceramic, c’est une approche fondamentalement différente. La technique des leds est certes importante mais elle est accessible à tous. Il s’agît davantage de « banaliser » la source lumineuse, en l’occurrence l’appareil leds, pour se consacrer au design de l’enveloppe mais surtout le considérer différemment.

Le rendre noble enfin. Le rendre esthétiquement différent surtout. Sortir des registres du design actuel des luminaires qui rendent difficilement dissociables les modèles de Pierre, Paul et Jacques, ou plutôt de Peter, Paolo, John and Cheng…

Jules et Juliette ce sont les bijoux de l’éclairage urbain ; le chic à la française ; la french touch si médiatique à l’heure actuelle. L’efficience de la source est acquise ; inutile de démontrer l’efficacité des leds et la performance de l’optique. Même si la réussite de l’aménagement viendra aussi de l’efficacité lumineuse de l’installation.

Mais la réussite du projet sera intimement liée à la perception diurne et nocturne de ces nouveaux mobiliers urbains qui introduisent enfin dans l’aménagement public de nouveaux codes : la sensualité et le raffinement.

L'innovation Ceramic

L’innovation Ceramic

Au delà de la technologie Led, qui permet de transposer les standards de l’éclairage intérieur à l’éclairage public, comment dépasser les seules attentes fonctionnelles des usagers ? Le bien-être, l’esthétique, sont ils des enjeux clés, en particuliers lorsqu’ils n’engendrent pas de surcoûts ?

Vous abordez là un point essentiel du design. Du design utile, très différenciateur de l’approche artistique. Nous souhaitons que Ceramic soit une gamme d’excellent rapport qualité prix pour que tous nos clients puissent bénéficier de cette approche.

L’urbanisme et de facto l’attractivité de la Ville est le premier facteur socialisant. L’atmosphère qui se dégage de tel ou tel aménagement urbain est propice à tel ou tel usage mais surtout au bien-être urbain, à la pratique de la Ville du 21ème siècle dans ses nouveaux modes de vie.

La qualité, la pérennité et l’esthétisme n’ont jamais engendré des surcoûts. Bien au contraire. La qualité minimise les coûts de maintenance. Et, surtout, un aménagement urbain plébiscité est au contraire vecteur de retombées économiques.

Lampadaires Ceramic

Lampadaires Ceramic « Jules et Juliette »

Votre proposition “Ceramic” explore de manière inédite le potentiel de la lanterne, avec un matériau inattendu, qui se révèle finalement parfaitement approprié aux défis de l’environnement urbain ; quel a été votre processus de création ?

Dès que Marc Aurel nous a montré la céramique technique dans sa dimension urbaine (têtes de potelets et amorces d’assises), nous avons été très séduits par le matériau. Celui-ci correspond à un savoir-faire entre artisanat d’art et industrie et valorise tout ce que la France a de plus précieux : la recherche, le savoir-faire et une certaine approche du luxe.

Penser une gamme en céramique a alors été la mission confiée à Marc sur laquelle lui a d’emblée décliné la notion d’abat-jour autour d’une « ampoule ». Un approche issue du domaine de l’éclairage intérieur mais tellement évidente appliquée au domaine extérieur.

Votre parcours dans des fonctions électives vous a sensibilisé de manière particulière à l’espace public ; quels enseignements souhaitez vous partager ?

Dire que nous sommes dans l’ère de la mondialisation est un doux euphémisme pour un industriel. En revanche, évoquer des territoires en compétition est moins courant.

Pourtant c’est bien là que se situe l’enjeu de nos Villes, de nos territoires et même de la France. L’attractivité est à présent affirmée comme le 1er moteur de développement économique. La bataille est celle du cadre de vie pour accueillir des investisseurs, des entreprises, des touristes et leur économie substantielle, des nouveaux habitants tout en maintenant la cohésion sociale…

C’est l’enjeu des projets urbains, des aménagements urbains.

Les élus doivent être sensibles à ces enjeux. La plupart le sont mais il reste encore des projets mal pensés ou pas pensés du tout qui hypothèquent des développements de cœur de ville, des plans de circulation et qui de facto ne prennent pas en compte les nouveaux enjeux du développement urbain, du développement durable, de nouvelles pratiques d’habitat et de modes de vie.
Cette double casquette me permet de sensibiliser au quotidien, d’échanger sur ces enjeux qui par ailleurs nourrissent ma passion pour l’architecture depuis longtemps maintenant.

Skatepark à Courbevoie

Skatepark à Courbevoie

Les jardins du Bastion à Menton

Les jardins du Bastion à Menton

Vous êtes également impliqué dans le mécénat culturel : quel est le fil conducteur de votre action ?

Nourrir justement ce travail de sensibilisation et d’échanges en matière d’architecture, d’urbanisme, de paysages, de design et d’art contemporain. Il est primordial de faciliter ces rencontres. Notre Cycle Annuel porte le nom des Heureuses Coïncidences. Les bien nommées !

Outre le plaisir que nous avons chaque année à organiser cet évènement, c’est aussi une vraie satisfaction, une jouissance, de considérer à postériori que des équipes de maîtrise d’œuvre pluridisciplinaires sont nées à Lézigno.

Cela l’est plus encore de considérer que des interventions artistiques, des débats, des discours peuvent donner naissance à de nouvelles formes urbaines. Lézigno, c’est une forme de générosité pour notre métier. Mais quand on aime on ne compte pas !

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