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Design for change, ou comment transformer nos villes par le design

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Un outil d’évolution au service de la société: c’est ainsi que Caroline Naphegyi, fondatrice du label Design for Change, envisage le design.

Et cela fonctionne ! Dans la métropole lilloise, à travers notamment le concours Lille/Design for change, cette association est devenue un laboratoire d’idées autant qu’une plateforme d’échanges entre acteurs du design, collectivités, industriels et citoyens.

Bonjour Caroline Naphegyi, vous êtes la fondatrice du label Design for change. Quel est le but de ce label ?

Nous avions créé le label en 2010, ensemble avec Alain Thuleau, convaincus que le design est un des leviers d’évolution de la société. Le design permet de porter un autre regard sur le monde. Il est par ailleurs un formidable outil, à  mettre au service des collectivités favorables au changement.

Design for change : une plateforme de rencontres autour du design

Design for change : une plateforme de rencontres autour du design

Vous êtes également la créatrice du concours Lille/Design for Change, dont la 2e édition se déroule cette année universitaire. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ce concours se déroule à  Lille ? Envisagez-vous d’autres villes comme terrain d’expérimentation pour les étudiants ?

La toute première édition du concours s’était déroulée à Deauville dans le cadre du 100ème anniversaire de la ville. A l’issue de cette première expérience, il nous a semblé important que le concours porte précisément sur des enjeux territoriaux et pas seulement des questions généralistes. Nous avons donc consulté plusieurs villes.

J’avais travaillé à Lille pendant six années dans le cadre de la Capitale européenne de la culture. J’avais alors eu l’occasion d’assister à l’incroyable métamorphose de cette métropole qui m’a semblé être un terrain d’expérimentation idéal pour le concours. Les sujets proposés correspondent à des problématiques métropolitaines importantes auxquelles les étudiants sont susceptibles de répondre.

Le projet de ferme aquacole des lauréates du concours 2013

Le projet de ferme aquacole des lauréates du concours 2013

Dans quelle mesure la collaboration avec des industriels, afin de développer concrètement les projets des lauréats, est-elle un critère de sélection ?

La collaboration avec les industriels est une des clefs de développement des projets. Le projet lauréat les Bains, proposé par Violaine Bourgeois et Manon Rouaze, étudiantes de la HEAD à Genève, consiste à réhabiliter l’ancienne école de natation de Tourcoing en serre aquaponique, associant culture de poissons et agriculture.

Ainsi, imaginer un nouvel usage du bassin au travers d’un projet de réhabilitation innovant, qui par ailleurs, porte un potentiel de développement économique, a semblé aux membres du jury d’une grande cohérence. Nous menons avec nos deux partenaires, Eaux du Nord et Immochan, une étude de faisabilité technique et financière du projet. Elle a pour objectif d’élaborer un business plan et d’en évaluer les retombées économiques au regard de l’investissement.

Design for change

Comment reconvertir des espaces urbains délaissés ?

Un des sujets proposés au concours 2014 : les espaces urbains délaissés

Un des sujets du concours 2014 : les territoires à réinventer

Les étudiants du concours vont entre autres travailler sur les usages des espaces urbains. Dans ce cadre, la fonction du mobilier urbain est-elle envisagée ?

L’usage des espaces est au coeur de nos attentes. Nous travaillons en lien étroit avec les aménageurs et les urbanistes afin d’identifier les besoins en terme d’usage. Comme vous le savez sans doute, le mobilier urbain est dans la plupart des cas choisi sur catalogue.

Le concours est un moyen détourné d’intégrer les designers à la réflexion de ces usages au sein de l’espace public. La réglementation des marchés publics n’intègre pas le designer dans l’appel d’offre. Nous tentons de faire évoluer cette réglementation dans le cadre de Lille Design et le département «Qualité des espaces publics» de la métropole.

Les étudiants qui participent au concours viennent du monde entier (Chine, Liban, Belgique, Inde, Etats-Unis, Italie etc.) . Avez-vous constaté une diversité des approches quant aux usages des espaces publics ? Ces étudiants avaient-ils déjà été sensibilisés au design urbain ?

Nous avons davantage constaté une forme d’universalité des approches du design, quel que soit le pays où vivent les étudiants. En revanche, l’échelle du projet diffère radicalement. Les propositions des étudiants de Hong Kong ou encore de Boston (Harvard) relevaient d’une approche urbanistique du projet, alors que les Français et Européens ont une approche à taille humaine.

La ville comme laboratoires d'idées : ici Tourcoing

La ville comme laboratoires d’idées : ici Tourcoing

Pour conclure, quels sont vos projets, objectifs, quant au développement du lien entre le design et la ville ?

Nous souhaitons mettre en oeuvre à l’échelle de la métropole les projets issus du concours sous forme d’expérimentation sur une durée de 3 mois. Ces expérimentations permettront de faire connaître les projets aux collectivités, industriels, citoyens, chercheurs. Nous espérons ainsi que les acteurs locaux puissent s’en emparer et contribuer ainsi à leurs développements.

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