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Le design à Dubaï selon Khalid Shafar

Collection PALM - tabourets et tables
Collection PALM - tabourets et tables

Dubaï est une ville dynamique et en perpétuelle évolution en termes d’architecture, d’art, de design. Souvent associée à l’opulence et à l’excès, elle est devenue une ruche de créativité et abrite de nombreux talents en devenir. Nous avons rencontré le designer de renommée internationale, Khalid Shafar, qui est né et travaille aux Emirats Arabes Unis, pour discuter de ses projets et de l’influence de Dubaï sur son travail.

Vous faites souvent référence aux brésiliens les frères Campana, qui ont une approche très originale, si ce n’est unique du design, étroitement liée à leur culture. En quoi votre travail est-il lui aussi unique?

Les diverses références contemporaines à ma culture et à mes racines sont un aspect important de mon travail – selon moi, chaque objet raconte une histoire; c’est cette idée qui sous-tend l’originalité de mon approche. En ce qui concerne les frères Campana, avec qui j’ai collaboré (sur une installation pour Abu Dhabi Art en 2010) j’ai admiré de nombreux éléments de leur travail et aussi, je m’y suis identifié.

 

Abu Dhabi Art - Collaboration avec les frères Campana

Abu Dhabi Art – Collaboration avec les frères Campana

Je dois admettre que je suis plutôt un designer de la vieille école, qui préfère les croquis dessinés à la main que les images conçues par ordinateur. J’aime exprimer ma culture à travers des objets, d’une manière contemporaine et originale. C’est ce qui définit mon style esthétique.

L’architecture de la ville de Dubaï est souvent associé à l’opulence et au gigantisme. Cela a t-il un écho dans le monde du design ?

Je ne pense pas qu’on puisse intégrer ces notions au design aussi facilement qu’en architecture. Bien sûr, il est possible de partir dans les extrêmes lorsqu’on conçoit des produits de luxe, en particulier en utilisant des matériaux rares ou coûteux, comme l’or ou le diamant. Je crois que cette « opulence  » fait partie de notre identité ici à Dubaï.

A Dubaï, où le mobilier urbain trouve t-il son inspiration ? Avez-vous travaillé sur des projets qui concernaient du mobilier conçu pour des espaces publics ?

Pour le moment, je ne pense pas que suffisamment d’attention soit accordée au design du mobilier urbain pour la ville et ses espaces urbains en général. Le mobilier autour de nous a sans doute été conçu pour s’adapter aux paysages et aux matériaux environnants, mais il n’existe pas encore un cadre formel pour le design de ce type de projets. Dans ce domaine, les designers professionnels ont peu de directives à suivre. Les autorités locales sont généralement en charge de la gestion du mobilier urbain – et je crois que dans la plupart des cas, les principaux entrepreneurs intéressés font appel à leurs designers en interne.

En 2011, j’ai participé à un concours public lancé par le concept store dubaïote S*uce. Les designers étaient chargés de concevoir des bancs en plein air qui affirment l’identité sociale de la ville, afin d’encourager les autorités locales à augmenter le nombre de bancs en ville.

Lors de la conception de mon projet, je me suis concentré plus sur la fonctionnalité que sur l’esthétique. Je me suis efforcé de parvenir à l’équation « trois = neuf ». A travers le monde, les bancs offrent des moments de repos, de détente, de convivialité, et racontent aussi des histoires. Cependant, je voulais que mon banc à trois places offre ce genre de moments à plus de trois personnes. Plus on est de fous, plus on rit ! Grâce à un simple mouvement, trois personnes s’ajoutent, puis encore trois. Au total, mon banc peut accueillir jusqu’à neuf personnes.

Il modifie également sa position en fonction de la situation : vous pouvez vous allonger dessus pour vous détendre, lire ou faire une sieste dans un parc, et il peut aussi devenir une table à manger dans un centre commercial ou sur la plage. Son design est idéal pour les stations de bus et de métro, à l’heure où de moins en moins de bancs peuvent accueillir un nombre croissant de personnes en attente. Une touche de couleur or a été utilisée pour rappeler que Dubaï est « la ville de l’or», et la finition métallique lui donne son aspect contemporain.

Bancs par Khalid Shafar

Bancs par Khalid Shafar

La ville de Dubaï a t-elle fortement influencé votre travail ? Par exemple, vos réinterprétations du palmier, un des symboles de la ville ? Que représente cet objet pour vous ?

La ville une influence certaine sur ​​mes créations. Ma vie, mes souvenirs et ma ville natale de Dubaï jouent un rôle important dans mon travail et ils sont les premiers élements vers lesquels je me tourne lorsque je cherche l’inspiration et de nouvelles idées.
La ligne/collection PALM est très personnelle et évoque mes souvenirs d’enfance, de cette vie passée au milieu de palmiers dans ma maison de famille. Je me souviens de mes jeux autour de ces arbres, et de regarder passer les saisons en attendant qu’ils soient fécondés. Nous aimions tous ramasser puis manger les dattes qu’ils produisent – je n’ai d’ailleurs pas perdu ce goût prononcé pour les dattes !

Collection PALM - Porte-manteau

Collection PALM – Porte-manteau

Pour finir, dans quelle mesure pensez-vous que le design soit universel ?

Je ne pense pas que toutes les créations de design soient universelles. Cependant, je pense qu’un bon design devrait l’être. Il doit répondre aux attentes d’un large public et s’intégrer à différents types d’espaces. Il doit être intemporel et rester valable sur plusieurs générations.

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